Vendredi 27 janvier 2012
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Aujourd'hui, la flore de nos jardins
n'est plus la même qu'au temps
de nos arrières-aïeules, et dans le vieux
bouquet de France où les coquelicots
et les bleuets des prés
se mariaient au lys royal, beaucoup
de nouvelles fleurs ont mêlé
depuis, un parfum étranger.
Ces belles étrangères du jardin français
sont d'opulentes créoles langoureuses.
Elles sont venues avec les navires,
dans la poche de l'habit d'un vieux botaniste,
dans le bâton creux d'un religieux des missions ;
la plupart se sont imprégnées de l'odeur des mers,
du reflet de cieux ardents
que nous n'avons pas connus.
Elles sont nées un jour
au chant de colibris ; les oiseaux des îles
leur ont prêté les belles couleurs de leurs ailes.
Christophe Colomb, le premier,
rapporta des Antilles, dans sa caravelle,
des fleurs éclatantes qu'on n'avait pas ici.
Beaucoup de navigateurs, tel Bougainville,
emportaient avec eux, vers les beaux archipels,
le blé, l'orge et le maïs.
Les îles, en échange,
leur donnaient leurs fleurs, leurs plants d'épices
rares, leurs arbres odoriférants.
Nous eûmes ainsi de belles intruses
dans nos parterres.
Les jardins de Le Nôtre
et de la Quintinie,
parés de renoncules, de lys et de jonquilles,
s'émaillèrent des espèces
les plus exotiques des plantes.
Un jour les lobélies arrivaient du Cap,
les balsamines provenaient des Indes ;
puis le Texas envoyait ses phlox,
le dahlia venait tout droit du Mexique.
Ce fut une invasion tyrannique
de jeunes plantes !
Les plus brillamment parées,
les plus odorantes,
celles aux pétales de nacre,
au coeur de feu ardent, au pollen épicé
dont se grisèrent les abeilles, conquirent
la place où l'amarante élevait sa crête,
où pendait l'Oreille d'ours, où,
dans le pur éclat des Miroirs de Vénus,
se reflétaient
les vieilles pensées des jardins.
Les amateurs du temps de la Bruyère
accueillirent les tulipes et les jacinthes
que les marchands de Constantinople
acclimataient
partout dans la vieille Europe.
Au siècle qui suivit,
dans les beaux jardins à compartiments,
le long des allées courbes et régulières,
apparurent les beaux lilas de la Perse,
les oeillets d'Inde, les rosiers du Bengale
et les chrysanthèmes d'or de Chine.
L'acacia d'Amérique occupa les quinconces,
près des arbres de Judée,
des vernis du Japon, à l'ombre étendue
que faisaient les cèdres, le jasmin de Virginie,
Le zinnia s'ouvrit pour la première fois,
et du coeur des résédas
monta la tiède haleine.
Bientôt, à la Malmaison, tout
ornée de roses,
l'Iimpératrice Joséphine voulut
que s'épanouissent, pareilles
à quelque odorant sachet de son enfance,
les magnifiques fleurs de sa Martinique...
Line
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